Les Petits Contes de printemps de Sôseki. Ce sont des histoires très courtes, de quelques pages, parfaites pour se récompenser entre deux exercices. Si vous avez des suggestions du même format, ça m’intéresse !
J’ai appris dans la Charette bleue, autobiographie de l’enfance de Barjavel, que les vélos avaient des plaques à l’époque :
C’est devant lui que j’eus mon premier contact avec la rigueur inexorable de la loi. J’avais pris la bicyclette de la boulangerie qui servait à livrer le pain, avec son panier fixé au guidon, et je faisais des circuits autour de la place, en pédalant à travers le cadre, car le vélo était trop grand pour moi.
Comme je virais devant chez Deligny, autour d’un chevalet de fer, deux gendarmes m’arrêtèrent.
— Votre plaque ?
Consterné. Effrayé. Je n’en avais pas...
La plaque de bicyclette était l’ancêtre de la vignette auto. On l’achetait chaque année chez le bureau de tabac, petit rectangle de fer-blanc à l’effigie de la République, qui devait resté fixé en permanence sur le vélocipède. Mais il arrivait qu’elle fût volée. Alors on la gardait dans sa poche. La nôtre était dans le tiroir du comptoir du magasin. C’est ce que j’expliquait aux gendarmes, en leur demandant de venir le vérifier. C’était là , tout près.
Ils refusèrent. Le père Deligny intervint. Sans résultat. Ils dressèrent procès-verbal. Je rentrai à la maison couvert de honte. Ma mère s’indigna, parla d’aller trouver le sous-préfet, qu’elle connaissait comme présidente du syndicat des boulangers de Nyons. Mon père riait. Il trouvait tout beau, tout drôle. Il était revenu de la guerre...
Moi je découvrais l’existence d’un monde rigoureux, abstrait, avec lequel on ne pouvait pas s’accommoder.
René Barjavel, la Charette bleue, page 194 de l’édition Folio.
Je n’arrive pas à me représenter ce qu’il veut dire par « pédaler à travers le cadre ».